by Julie Robinson, 17 ans, École secondaire de l’île, Québec
Published on: Jul 12, 2004
Topic:
Type: Opinions

Une jeune fille réfléchit. C’est presque une enfant, mais son regard est celui d’une femme et ses épaules semblent porter le poids d’une vie et de responsabilités qui n’auraient pas dû être les siennes. Paska réfléchit et elle paraît infiniment triste. Ses mains lissent machinalement les bords de sa jupe à gros imprimés et son regard porte au loin, au delà des hautes herbes et des bâtiments blancs qui constituent son petit village de Zambie natale.
Elle a vu aujourd’hui ce qu’elle aperçoit à chaque jour d’aussi loin que remontent ses souvenirs, ce qui la rend malheureuse depuis qu’elle est toute petite. Pourtant, à présent, quelque chose a changé. Alors qu’hier elle observait la vie qu’elle mène et la situation des gens de son village avec des sentiments de peur, de rejet, de perte et de désespoir, elle la regarde aujourd’hui avec un sentiment de rage entremêlé à un désir profond de changer les choses. À partir de cette minute et pour le reste de sa vie, Paska prend la décision de ne plus se résigner, mais plutôt de se battre pour changer les choses.
Depuis toujours, Paska a dû faire face à un fléau méconnu et pourtant si dévastateur pour les siens… D’ailleurs, elle ne connaît à peine que le nom de cette horrible maladie, n’a qu’une vague idée de son mode de transmission et elle n’a personne à qui poser ses questions ou à qui se confier. Toutefois, aujourd’hui, elle décide que tout cela va changer pour elle et pour les gens de son village, et peut-être même pour le pays tout entier.
Le déclic en question s’est produit ce matin. En se levant, Paska a eu la mauvaise surprise de réaliser que des villageois lui avaient volé le bois de chauffage qu’elle avait si soigneusement préparé la veille. L’adolescente s’est donc trouvée dans l’obligation de se débrouiller pour trouver d’autres combustibles ou bien elle et ses jeunes sœurs devraient s’en passer. La vie avait toujours été ainsi depuis que les parents de Paska étaient décédés. En fait, le frère aîné de Paska avait veillé sur les fillettes après la mort des parents, mais celui-ci était aussi tombé malade et s’était éteint l’année dernière alors que Paska n’avait que quinze ans. Elle avait été tellement triste et désemparée devant la mort de son grand frère qu’elle n’avait presque pas remarqué, au début, le poids accablant de la lourde charge qui venait de s’abattre sur elle. À partir de ce dur moment, les sœurs n’avaient connu que le rejet, la peur, l’incertitude et l’extrême pauvreté. Partout au village on les fuyait comme la peste. Pourtant, elles n’étaient pas les seules à avoir perdu des proches à cause du sida : au village il y avait eu de nombreux décès. La mort frappait sans distinction entre parents et enfants, hommes, femmes ou orphelins.
Il semblait maintenant à Paska que si rien n’était fait, tout son hameau sombrerait dans la mort, la désolation et l’oubli. Pourtant, personne ne réagissait. Tétanisés de peur, les habitants se terraient chez eux en évitant de parler du sujet maudit, comme si le garder tabou empêcherait la maladie de se répandre.
Donc ce matin, lorsque Paska avait réalisé qu’on l’avait encore volée, elle s’était demandé pourquoi. Pourquoi voler des gens qui ont déjà tout perdu ? Pourquoi se voler entre nous alors que nous sommes tous dans la même misère ? Pourquoi, au lieu de se voiler la face en cherchant quelqu’un à blâmer, ne nous entraidons-nous pas ?
Ce matin-là, Paska avait lancé à sa sœur : « Nous n’allons jamais nous en sortir si nous ne changeons pas notre attitude… il est temps de réagir, ou nous finirons tous par mourir. »
Ensuite, l’adolescente était retournée à ses tâches journalières : prendre soin de ses sœurs et trouver n’importe quelle façon de se procurer de la nourriture. Cependant, à chaque seconde qui passait, elle réfléchissait à une solution et un plan commença lentement à germer dans son esprit. Il fallait que les gens sachent. C’était la seule façon de faire tomber les tabou pour que puisse ensuite surgir l’entraide et les actions concrètes. En premier lieu, Paska devait donc s’informer de cette terrible maladie. Il y a longtemps, alors qu’elle allait encore à l’école, Paska avait entendu parler d’un endroit à quelques heures de son village où les gens pouvaient trouver de l’assistance grâce à un programme d’aide international créé pour apporter du soutien aux gens de la Zambie.
Paska attendit donc longtemps le moment propice. Un matin, elle amena ses deux sœurs et elle partit à la recherche du centre d’aide. Elles marchèrent sur le chemin de terre jusqu’à ce qu’un camion les fasse monter et les reconduise jusqu’à la ville qu’elles cherchaient. Quand elles arrivèrent, il faisait presque noir et les jeunes filles ont dû se trouver un abri pour assurer leur sécurité pendant la nuit.
Le lendemain, elles rencontrèrent au centre une femme blanche très gentille qui leur expliqua le programme de CARE Canada en Zambie et de leur projet de lutte contre le VIH/sida qui se nommait cida. Paska était très embarrassée maintenant qu’elle se trouvait réellement devant une personne qui pouvait et voulait répondre à ses questions. Elle ne se sentait pas à sa place, mais qu’importe. Elle se jeta à l’eau et lui posa toutes ses questions concernant le sida. La jeune femme lui répondit et en plus elle trouva un endroit aux jeunes filles pour dormir et les invita à revenir au centre le lendemain pour passer des tests.
Paska en avait tant appris en quelques heures qu’elle avait l’impression qu’elle ne pourrait jamais se rappeler de tout ça. Ces renseignements l’effrayaient, mais la rassuraient en même tant. Maintenant qu’elle savait comment la maladie se transmettait et quelles en étaient les caractéristiques, elle pourrait se protéger et protéger ses sœurs. Elle pourrait aussi en informer les autres gens du village … Le matin suivant, Paska et ses sœurs retournèrent au centre pour passer des tests afin de savoir si elles étaient porteuses du VIH. La responsable du programme lui proposa alors de se faire une amie canadienne et s’offrit de lui fournir une adresse. Paska n’avait donc qu’à écrire à une jeune qui participait déjà à un programme de parrainage avec des jeunes Africains. Paska s’y objecta tout d’abord en affirmant qu’elle ne savait que très peu lire et écrire, car elle avait dû quitter l’école quand ses parents étaient tombés malades. Toutefois, la responsable lui offrit de l’aider et Paska accepta enfin.

Trois mois plus tard…

Paska s’est fait une nouvelle amie… une jeune Canadienne qui lui donne du soutien et des réponses à ses questions en faisant des recherches dans Internet ou en se renseignant auprès des médecins des centres locaux de services communautaires (CLSC). Cela lui a donné le courage créer un petit groupe de gens qui pensent comme elle. Paska a pu informer ces gens de tout ce qu’ils ne savaient pas sur le sida, ce qui leur a donné les moyens d’éviter de contracter le virus. Ensuite, ces gens sont allés de maison en maison parler aux familles de leur village. Au début, les gens étaient réticents à entendre tout cela sur le sida, mais bientôt ils ont réalisé qu’ils se devaient d’être solidaires et qu’ils ne pouvaient ignorer ce problème plus longtemps. Petit à petit, grâce à des réunions publiques d’information, l’opinion des villageois changea. Ils voyaient maintenant la détresse des victimes atteintes du virus. Paska et ses nouveaux alliés adultes mirent sur pied un programme visant à intégrer aux familles du village les orphelins que la mort de leur parents sidéens avait jetés à la rue. Certains jeunes, avec l’aide de Paska, établirent même une correspondance avec des Canadiens. Ceci leur montra que des gens de très loin voulaient les aider et être leurs amis. Parfois, les Canadiens pouvaient envoyer de l’argent pour payer les médicaments pour le traitement du sida de leurs nouveaux compagnons. Paska a maintenant réussi à regrouper tout le village autour d’un même objectif : combattre la propagation du virus du sida. Elle et son groupe réalisent de petites initiatives qui font de grandes différences, tel que organiser des points de distribution de condoms, répondre aux questions des gens de façon anonyme au moyen d’une boîte à questions ou des soirées d’information.
Paska et son groupe ont maintenant un nouvel objectif : reproduire le même scénario dans les villages voisins. Ils feront cela en allant de maison en maison, afin de convaincre personnellement les gens et tiendront des soirées d’information. Peut-être qu’à leur tour les villageois feront de même avec leur village voisin ! De plus, ils reçoivent l’aide des gens du programme de CARE et ils ont aussi un peu d’argent de la part de leurs amis canadiens. Avec de la bonne volonté, peut-être que le mouvement s’étendra à toute la Zambie

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