by Mohamed KOUYATE
Published on: Dec 17, 2009
Topic:
Type: Opinions

Quelques jours après la résolution du groupe international de Contact sur la Guinée relative à une transition de courte durée tout porte à croire que ce concept est entrain de faire son chemin et recueille l’adhésion de plus en plus large de l’opinion publique. Les déclarations de ralliement et de soutien, surtout à l’intérieur du pays confirment cet engouement.

Ce n’est pourtant pas une mince affaire, ni un processus évident à mettre en place, du fait même de l’environnement dans lequel évolue l’opinion publique guinéenne. Il faut en effet essayer de se mettre à la place de la population. Qui malgré l’échec évident du CNDD à améliorer ses conditions de vie, ne peut s’exprimer librement et ouvertement de peur de subir les représailles, toujours disproportionnées du pouvoir et des différents bras armés à son service.

À ce propos, la tentative d’assassinat du chef de la junte n’a rien changé aux vieilles habitudes liées à la répression, à l’exclusion et à l’infantilisation. Les rares institutions étatiques qui ont survécu aux humeurs tragiques de Dadis jusqu’ici se trouvent également aujourd’hui dans un état avancé de décomposition. Atteintes par une forme de «consanguinité politique», symbolisée par la domination outrageante de la coloration ethnique — c’était le cheval de Troie du feu général Lansana Conté qui s’en servait d’ailleurs avec maestria.

Rien que pour cela, la mise en place d’un processus de Transition démocratique «intelligent et innovant» devient de plus en plus urgente et salutaire pour l’avenir du pays.

Pourtant, l’innovation, même cimentée par la démocratie, se heurte parfois à la résistance de quelques esprits clairement rétrogrades qui appliquent une doctrine, certes, simpliste, mais qui s’avère d’une redoutable efficacité quand elle est entretenue et alimentée par ceux qui se sont fait une spécialité de soutenir et d’accompagner la pire des dictatures.

En Guinée, comme dans d’autres pays vivant une situation identique. Ces esprits rétrogrades se regroupent et forment une sorte d’oligarchie qui vit au crochet des différentes nomenklaturas qui se succèdent au pouvoir. Leur vision égoïste du monde se résume à la satisfaction bassement matérielle de leur existence. Ils n’ont pour ainsi dire aucun esprit de fraternité et d’égalité, si ce n’est vis-à-vis de ceux qui leur ressemblent et entretiennent le même état d’esprit qu’eux. Ils sont des prédateurs pour le reste de la population, qu’ils nourrissent, empoisonnent et affaiblissent de leur venin, se servant d’elle pour se hisser tout en haut de la société tout en s’accaparant de tout ce qui pourrait entretenir et renforcer leur pouvoir.

Pour le cas guinéen. il est un fait historique que cette oligarchie a toujours été installée dans la capitale Conakry, auprès du pouvoir. Elle dispose d’importants moyens, notamment financier et médiatique. Les deux réunis forment la pierre angulaire de leur stratégie de défense et d’attaque.

D’un point de vue numérique, ils sont minoritaires, mais à cause de la configuration de la société guinéenne qui se caractérise par plusieurs fossés abyssaux entre les plus privilégiés et les plus pauvres, notamment s’agissant de la diffusion de l’information, de la culture et de l’éducation, ils peuvent assurer une domination quasi illimitée.

Cependant, si l’on donne à la population la possibilité de se constituer en une force unie, consciente de sa propre valeur, de son propre pouvoir, elle s’apercevra qu’elle est non seulement capable de s’autodéterminer, mais qu’en plus, elle peut renverser une situation qui jusque-là semblait immuable.
C’est le rôle échu à ceux qui aujourd’hui s’efforcent de mettre en place le nécessaire et salutaire processus de Transition démocratique au pays de Dadis ou comme le disait l’autre à « Dadisland ». Comme toute entreprise de cette envergure, il est impératif d’adopter quelques stratégies pour en assurer la réussite, surtout quand on a en face de soi des entités rompues aux faux prétextes, aux mensonges, et au cynisme sous toutes ses formes.

Pour ce faire, la transition démocratique en Guinée demande la mise en place des moyens à utiliser pour atteindre l’objectif démocratique. Ces moyens font-ils appel à une certaine rationalité démocratique ou faut-il simplement adapter les moyens à la situation en cause ?

La réussite de toute transition résulte d’une combinaison entre le respect et la mise en œuvre de grands principes - sans lesquels il ne peut y avoir de démocratie. Il en est de même que l’adaptation des moyens choisis au contexte propre à la situation en présence. Il n’y a point de recette magique, mais une habileté à gérer de manière satisfaisante un ensemble de problèmes théoriques et pratiques relatifs à la réalité et à l’histoire de la Guinée.

Ainsi, il me semble que la transition démocratique en Guinée nécessitera deux phases dont:
La transition politique, qui désigne le passage d’un régime à l’autre.
La consolidation de la démocratie au cours de laquelle le défi majeur consistera à assurer une progression relativement stable du processus démocratique engagé dans ladite transition démocratique.

Cette transition démocratique implique sans perte de temps l’abandon des anciennes règles du jeu politique et engendre l’apparition de nouveaux acteurs politiques et de nouvelles configurations stratégiques. Cette transition sera considérée complète lorsqu’une nouvelle équipe arrive au pouvoir comme à la suite d’un résultat direct du suffrage universel, libre et populaire, quand cette nouvelle équipe dispose d’un pouvoir souverain pour générer de nouvelles politiques publiques, et quand les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire nés de la nouvelle démocratie n’ont pas à partager le pouvoir avec d’autres corps de droit.

Quant au processus de consolidation, il sera défini à travers les jeux politiques qui comprendront une redistribution des cartes politiques mais également de nouvelles tactiques de jeu.

La gestion des conflits par la voie de la démocratie ne saurait être entendue comme l’élimination du conflit. Au contraire, la démocratie doit permettre la manifestation des divers intérêts politiques en présence, laissant à l’ensemble des acteurs la possibilité de trouver une voix d’expression.

L’ouverture du système politique constitue donc un enjeu capital dans le cadre de la consolidation de la démocratie en Guinée. Le défi de la nouvelle administration qui sera mise en place consistera à élever très haut le niveau de consensus pour éviter un recul politique afin d’assurer la survie du nouveau gouvernement par de là le pays entier et ses habitants. Le futur gouvernement transitoire devra garantir efficacement le maintien du régime démocratique avec le soutien de la société civile, celui des autres acteurs politiques et plus tard celui des forces armées qui pour l’instant se la coulent douce au grand dam du populo.

La transition et la consolidation de la démocratie constituent donc deux processus qui évoluent en fonction des choix des principaux acteurs d’un pays. Ces deux moments s’inscrivent dans des contextes différents et induisent, pour les acteurs, des enjeux distincts. Mais ces deux situations sont tout de même liées : on ne peut prétendre appréhender le processus de consolidation de la démocratie sans tenir compte de la situation de crise précédant la transition et des conditions qui ont entouré le processus de transition politique lui-même. C’est pourquoi, je préconiserais avant de proposer un calendrier serré pour les élections, qu’on étudie bien les différents paramètres susmentionnés au risque d’avoir des effets pervers fatals à l’instauration d’un climat de paix en Guinée.



M. Mohamed KOUYATE

Etudiant en Master de Sociologie á l'Université de Rouen
Spécialité: Changements institutionnels, Risques et Vulnérabilités Sociales
E-mail : mohamedkouyate85@yahoo.fr



« return.