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Le berceau de mes ancêtres Version imprimable VERSION IMPRIMABLE
by Youths Ahead!, Cameroun Oct 9, 2008
Média , Droits de l'Homme , Paix; Conflict   Opinions

  

L’enfer des prisons camerounaises est celui décrit par Dante, où les âmes damnées par la société et le pouvoir politique sont tourmentées par les démons de l’oppression. Personne ne peut y survivre.



Un feu incendiaire détruisait, il y a quelques jours, une partie de la prison de New-Bell à Douala, poumon de l’économie camerounaise. Des dizaines de prisonniers, coincés dans les cellules délabrées, périssaient sous le regard indifférent de leurs gardiens. Il y eut beaucoup d’encre versée pour, encore et toujours, dénoncer la vétusté des zones pénitentiaires, la surpopulation carcérale, le laxisme dans la gestion de ces milieux où cohabitent les mineurs, les femmes et les hommes dans une promiscuité effroyable. Et comme à l’accoutumée, les autorités servirent à la meute de journalistes, d’ONGistes, d’acteurs de la société civile faussement scandalisés, le même discours martelé depuis plus de vingt-cinq ans : « circulez, il n’y a rien à voir ! » Les prisons camerounaises sont à l’image des dirigeants locaux, préhistoriques.

Elles s’écroulent de fatigue, bouffées par le temps impitoyable, même badigeonnées de chaux, elles donnent l’éclat de la vieillesse. Contrairement aux (ir)responsables politiques, elles ne peuvent s’accorder le luxe de mourir dans l’opulence. C’est en prenant des vies comme lors de cet incendie qu’elles peuvent dire aux hommes qu’elles sont au bout du rouleau. Vestiges du passé colonial, elles ont vu lyncher les héros nationaux, les combattants pour la liberté que le colon nommait « terroristes » et « anarchistes », les peuplades récalcitrantes aux « valeurs de la civilisation », les prisons camerounaises ont traversé les époques et incarnent douloureusement la mémoire nationale. Si seulement elles pouvaient parler, elles livreraient aux historiens d’aujourd’hui les secrets inavouables des régimes politiques qui ont tyrannisé le pays. Des meurtres, des esprits torturés dont le sang séché recouvre désormais les murs définitivement souillés.

L’enfer des prisons camerounaises est celui décrit par Dante, où les âmes damnées par la société et le pouvoir politique sont tourmentées par les démons de l’oppression. Personne ne peut y survivre. Personne ne peut survivre à la crasse, mélange délicieux de pisse et de matière fécale, qui s’étale à perte de vue dans ces cellules de la mort où sont entassés des centaines d’animaux appelés hommes.

Personne ne peut survivre aux bastonnades régulières rythmées par de véritables abus corporels pratiqués par ceux qui sont censés faire respecter la loi ou, plus dramatique encore, par les plus vicieux des délinquants, insatiables fauves jetés dans l’arène. Nietzsche cherchait le surhomme, les prisons camerounaises l’ont trouvé. Oui parce qu’il faut être surhumain pour pouvoir vivre ce qui se passe dans ces lieux de désolation, ou alors sous-humain pour pouvoir avoir conscience de ce qui s’y fait et décider de maintenir le statu quo. Elles sont une honte à la dignité humaine, une honte à la considération de la vie, une honte aux valeurs humanistes qui fleurissent sur les grandes déclarations signées et ratifiées.

Tandis que les budgets ministériels ne cessent d’augmenter dont la quasi-totalité est gaspillée en frais de mission à l’étranger ou dans l’achat de somptueuses berlines toutes options, les prisonniers doivent se contenter d’une nourriture infecte dans laquelle gisent trop souvent les cadavres de rats et autres cafards.

Encadrés par des matons incompétents, ne devant leur admission à ce métier bouche-misère qu’à l’intervention d’un « parent », les pensionnaires des centres de l’horreur apprennent à devenir plus pervers qu’ils ne le sont avant leur admission. Il n’est pas étonnant qu’avec les trafics de tout genre (drogue, chanvre, cigarette), certains caïds ne souhaitent plus retrouver le monde extérieur, car la liberté ils l’acquièrent facilement en rémunérant fortement les gardiens. Le business est plus doux en taule, loin de la flicaille zélée qui n’est jamais contente de l’énorme enveloppe qu’elle reçoit.

Alors qu’importe que des criminels crèvent, calcinés par des flammes en colère, qu’importe qu’ils soient réduits en cendres, cela ne peut que soulager un peu plus la bourse du contribuable déjà vampirisée par les innombrables taxes et autres prélèvements fiscaux qui ne vont pas construire la nation, mais grossir la fortune du roitelet et de ses courtisans. Depuis qu’il s’est remarié à une petite arriviste tirée du ruisseau, notre clinquant coq ne cesse de trouver à la vie de château des goûts exquis. Balades en avion, séjours prolongés en Occident, le « Boss », comme le surnomment ses proches, est un grand seigneur qui croit en l’immortalité politique et au « libéralisme communautaire », une sorte d’ineptie idéologique soufflée par les précieux conseillers occidentaux afin de mieux subjuguer les masses illettrées.





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