by Andy Roland Nziengui Nziengui
Published on: Dec 6, 2007
Topic:
Type: Opinions

Le peuplement des Etats, quelle que soit la zone géographique, intervient toujours par deux voies, à savoir la croissance démographique des autochtones et l’immigration des populations avoisinantes ou lointaines. C’est pourquoi certains spécialistes, notamment les sociologues, pensent que les migrations sont un trait spécifique de l’histoire de l’humanité. En d’autres termes, les migrations sont une marque qui caractérise cette histoire. C’est donc un phénomène qui existe depuis des temps immémoriaux.

Pour mieux cerner cette notion, il est nécessaire que l’on définisse au préalable les termes les plus usités dans ce domaine.

Il s’agit entre autres des mots ci-après :

Migration, émigration, immigration, immigré, immigrant, réfugié, déplacé et clandestin.

Sur le plan littéraire, le mot migration signifie un déplacement de population d’un pays dans un autre, pour s’y établir. Cette catégorie d’individus est appelée migrants.

Quant à l’émigration, c’est le fait de quitter son pays pour s’établir dans un autre. Elle est synonyme de l’expatriation.

L’immigration est à son tour une entrée dans un pays d’étrangers venus s’y installer.

Aussi, un immigré est une personne qui s’est fixée dans un pays étranger au sien.

En revanche, un immigrant est une personne qui manifeste le désir de changer de pays et, à long terme, de nationalité.

S’agissant d’un réfugié, c’est une personne qui a quitté son pays ou sa région pour des raisons politiques, religieuses, raciales ou pour échapper à une catastrophe.

Tandis qu’un déplacé est une personne qui a été contrainte, pour des raisons politiques ou économiques, de quitter son pays.

Enfin, un clandestin est une personne qui entre de manière secrète dans un pays étranger, c’est-à-dire sans l’autorisation du pays d’accueil.

Après cette tentative de définition des mots clés, notre étude va s’articuler autour de trois parties :

premièrement les causes des flux migratoires ;
deuxièmement les conséquences des flux migratoires ;
troisièmement les politiques migratoires envisageables.


I-Les causes des flux migratoires

A-Les causes liées au pays d’origine des migrants

Le pays d’origine de l’immigrant est synonyme de sa patrie, sa terre natale et c’est ce que l’on appelle communément le pays de départ ou encore le pays d’émigration. Aussi, il est nécessaire de rappeler que l’immigration est à la fois une aventure et une dure épreuve pour les populations.

En effet, les causes de l’immigration lorsqu’on se situe du côté du pays pourvoyeur d’immigrants sont essentiellement de trois ordres : les causes économiques, les causes politiques, les causes culturelles.

De ce fait, elles touchent l’intérêt individuel de l’immigrant et l’intérêt de la collectivité nationale, c’est-à-dire son pays.

Sur le plan économique, la cause fondamentale d’immigration est la pauvreté engendrée par le chômage ou les bas salaires. De ce fait, par l’immigration, l’individu pense pouvoir améliorer non seulement ses conditions de vie mais aussi celles de son groupe familial, en trouvant du travail et en recevant un salaire plus élevé que celui servi dans son pays d’origine.
L’objectif à atteindre pour l’immigrant est de se faire un capital en vue d’investir dans son pays natal, celui-ci étant un gage d’ascension sociale.

Sur le plan familial, l’immigration est également un moyen de s’affranchir de l’autorité parentale. Dans sa solitude, l’immigrant décide de sa vie morale, religieuse, professionnelle et matrimoniale sans la pression familiale.

En définitive, la cause principale de l’immigration des populations est économique, car lorsque le cadre économique et social d’un pays présente d’énormes défaillances, le premier réflexe des populations demeure l’immigration. Dans cette optique, Monsieur MWAYILA TSHIYEME, Directeur de l’Institut panafricain de Géopolitique de Nancy, a déclaré, je cite : « Faillite de l’Etat, crise des sociétés : l’Afrique centrale et orientale se décompose. »

Au regard de ce qui précède, l’on peut déduire que les mouvements migratoires sont dus en priorité à la faillite d’un Etat.

Quant aux causes politiques de l’immigration des populations, l’on retiendra, entre autres, la guerre entre Etats, la guerre civile, la discrimination ou l’exclusion de certains groupes ethniques dans la gestion des affaires de la cité. Cette catégorie d’immigrant est appelée les réfugiés ou les déplacés.

C’est dans ce contexte que le Gabon a accueilli les réfugiés ci- après :
les Biafrais, les Ethiopiens, les Erythréens, les Sierra léonais, les Angolais, les Rwandais, les Equatos-guinéens, les Burundais, les Congolais.

Quant aux causes culturelles de l’immigration, elles sont inhérentes à la poursuite des études universitaires ou encore une formation dans des filières non existantes dans le pays d’origine. Cette forme d’immigration est souvent faite dans le respect des conventions d’établissement signées entre Etats.

Le lien historique engendré par la colonisation véhicule également jusqu’ à ce jour l’illusion d’une métropole aux capacités extraordinaires : croissance économique soutenue, marché de l’emploi alléchant, organisation sociale, culturelle et technique sans faille.

Ce mythe est aussi l’une des causes du déferlement des ressortissants des anciennes colonies vers la métropole. L’immigration est donc en partie une séquelle de la colonisation.

La pression démographique est également une cause d’immigration lorsqu’elle n’est pas suivie d’une croissance économique équivalente.

B-Les causes liées au pays d’accueil

Chaque Etat élabore une politique d’immigration en fonction de ses besoins économiques, étant entendu que les flux migratoires créent de nouvelles charges pour la collectivité d’accueil. Aussi, pour des raisons spécifiques, un Etat peut momentanément ouvrir ses frontières aux immigrants professionnellement qualifiés ou non. Parmi celles-ci, l’on peut citer entre autres le déficit en main-d’œuvre autochtone lors de l’ouverture de grands chantiers, tels que la construction d’un chemin de fer, l’exploitation minière, le développement du secteur agricole, etc.
A titre d’exemple, le Gabon a ouvert ses frontières à l’immigration d’une main-d’œuvre qualifiée ou non qualifiée, lors de la construction du chemin de fer. Par ailleurs, cette politique est également mise en place lorsque les nationaux refusent d’exercer les petits métiers ou d’exécuter les tâches très rudes : le nettoiement d’une ville, la cordonnerie, l’emploi domestique, la pêche, etc.

Le déficit de la croissance démographique peut aussi être la cause d’une ouverture des frontières pour un pays. Ce type d’immigration est appelé une immigration de peuplement, car l’objectif est de peupler les espaces vides. Le taux de fécondité des immigrants vient donc en appui à celui des autochtones.

Par ailleurs, les causes humanitaires astreignent également certains pays à ouvrir leurs frontières pour porter secours aux personnes en détresse. C’est le cas dans une situation de guerre civile ou entre Etats, de famine, de catastrophe, de discrimination ou d’exclusion.

La coopération technique entre Etats est aussi un moyen d’immigration. Sur cette base les cadres de nationalité étrangère viennent combler le déficit en main-d’œuvre autochtone dans certains secteurs. Au Gabon, il s’agit des secteurs suivants : l’éducation, la santé, l’armée etc.

Enfin, les échanges commerciaux et le tourisme constituent également une porte d’immigration souvent temporaire.

II-Les conséquences des flux migratoires

A-Dans le pays d’origine des migrants

Les conséquences des flux migratoires sont à la fois positives et négatives pour le pays pourvoyeur d’immigrants.

S’agissant de l’individu qui s’expatrie, il y a une forte probabilité pour lui de trouver du travail et avoir une rémunération nettement plus élevée que celle servie dans son pays natal. Il peut également bénéficier d’une formation professionnelle qu’il fera valoir de retour dans son pays. Un pays comme l’Allemagne assure cette formation avant de rapatrier les immigrants. Enfin, une épargne qui puisse lui permettre de s’insérer dans le tissu économique comme entrepreneur.

A cela s’ajoute une possible amélioration des conditions de vie du groupe familial, par l’envoi régulier des sommes d’argent.

S’agissant de la collectivité nationale, l’immigration présente quelques avantages, à savoir l’allègement du marché du travail, l’entrée des devises étrangères. Ainsi, rien que pour l’année 2005, les Maliens vivant à l’étranger ont rapatrié plus de 2 milliards de francs CFA (source : RFI).

Les immigrants constituent une communauté d’accueil pour leurs compatriotes qui tentent la même aventure.

Pour les pays ayant une forte pression démographique, l’immigration est un moyen de réduction de la population et par ricochet des charges publiques.

Hormis les quelques avantages ci-dessus énumérés, l’immigration est pour l’individu une rude épreuve, qu’il soit professionnellement qualifié ou non qualifié, dans la mesure où il se pose des problèmes d’intégration, de maîtrise de la langue du pays d’accueil, de culture alimentaire et même de l’ouverture du marché de l’emploi, la priorité étant accordée aux nationaux et le climat souvent déprimant pour ceux qui vont en occident. Tout immigrant, pour parvenir à quelque chose, s’impose des privations au-delà du raisonnable pour le logement, l’alimentation, les soins de santé, l’habillement. Le dépaysement amène la plupart d’entre eux au déséquilibre psychologique.

Pour ce qui est du pays d’origine, il exporte une force de travail ou de production qui aurait pu concourir à son développement. Les meilleures années de travail de ses citoyens sont absorbées par un pays étranger. Par ailleurs, la formation professionnelle est un investissement que l’Etat fait sur ses citoyens en vue de les utiliser, lorsque ce capital est exploité à l’extérieur, c’est un manque à gagner pour le pays d’origine, car cet investissement n’est pas amorti sur place. C’est pourquoi l’on évoque souvent la fuite des cerveaux ou brain drain. Généralement, les intéressés rentrent dans leur pays à l’heure de la vieillesse ou s’ils sont atteints d’une maladie incurable, en d’autres termes, lorsqu’ils ne sont plus utiles pour la nation.

Enfin, à quelques exceptions près, les sommes rapatriées sont utilisées pour la consommation : mariages, baptême, nourriture, vêtement, décès etc. au point où l’on se demande si l’immigration est la meilleure solution pour les pays en développement ou pauvres ?


B-Dans le pays d’accueil des migrants

Les flux migratoires présentent pour le pays d’accueil des conséquences tant positives que négatives, tant il est vrai qu’un être humain, quelle que soit sa race ou son ethnie, se déplace avec son savoir, son savoir-faire, son héritage génétique et sa moralité, qu’elle soit bonne ou mauvaise.

Parmi les effets positifs, l’on peut citer l’apport démographique, c’est-à-dire l’accroissement d’une population active. Aussi, par l’immigration, le pays d’accueil bénéficie d’une force de travail et de production élaborée hors de ses frontières. Si l’immigration est temporaire, il échappe même à la contrainte de paiement des retraites. C’est également une main-d’œuvre que l’on utilise pour les tâches les plus rudes, délaissées par les nationaux. Le plus souvent cette main-d’œuvre est aussi bon marché. En définitive, l’immigration est la réponse à une demande urgente de main-d’œuvre.

Sur le plan démographique, les immigrants exportent également le taux de fécondité qui est le leur, celui-ci contribue donc à la croissance démographique du pays d’accueil.

S’agissant du Gabon, pour l’année 2006, le centre hospitalier a enregistré près de 12.000 naissances, à raison de 8.000 pour les autochtones et 4.000 pour les populations étrangères. Le taux de croissance démographique du Gabon inclut de ce fait les naissances des populations immigrantes.

Hormis les avantages ci-dessus cités, les flux migratoires présentent par ailleurs des effets néfastes pour le pays d’accueil, dans la mesure où la collectivité publique doit prendre en charge les immigrants aussi bien que les nationaux. Pour ce qui est du logement, de l’éducation des enfants, des soins de santé, de la formation professionnelle ou de l’emploi.

L’immigration engendre également une fuite des capitaux car l’immigrant a pour but d’améliorer ses propres conditions de vie et celles de son groupe familial. Le plus souvent son épargne n’est pas destinée à l’investissement dans le pays d’accueil. Au Gabon, les immigrants en situation irrégulière ont développé un réseau occulte de transfert d’argent c’est-à-dire par des voies non réglementaires.

Aux inconvénients énumérés plus haut s’ajoutent les difficultés d’intégration de l’immigrant. Malgré le changement d’environnement, celui-ci s’évertue à perpétuer sa culture, ses traditions, ses habitudes alimentaires, sa langue maternelle, bref sa manière de vivre. D’après certains spécialistes, l’assimilation n’est possible qu’à la troisième génération. L’assimilation s’entend ici comme le rapprochement culturel des habitants du pays d’accueil.

Les liens de mariage entre autochtones et immigrants aboutissent à une modification des noms des habitants du pays d’accueil. Lorsque ce sont les ressortissants étrangers qui, dans le tissu économique, détiennent le secteur de la restauration, les habitudes alimentaires des autochtones changent instantanément (banquets chinois, le tchieb sénégalais, le dolé du Cameroun, le poisson à la braise, etc. Cas du Gabon).

Par ailleurs, si le taux de fécondité des immigrants est plus élevé que celui des nationaux, il y a à long terme un risque d’invasion qui suscite la xénophobie, car les nationaux se sentent menacés sur leur propre territoire.

En outre, lorsque les immigrants trouvent que le marché de l’emploi est saturé ou faible, ils versent dans le grand banditisme pour survivre, d’où l’insécurité dans les pays à fort taux d’immigration.

A cela s’ajoute la propagation du VIH/Sida et le maintien à l’étranger des pratiques décriées telles que l’esclavage des enfants, les mutilations féminines, etc.

III-Les politiques migratoires envisageables

Les déplacements des hommes hors de leurs frontières sont régis par des règlements et des conventions entre Etats. Ces instruments de droit sont toujours modulés en fonction des intérêts économiques des pays concernés. Donc, la politique d’immigration ne dépend pas des migrants mais des Etats, voire des organisations internationales humanitaires.

Il est important de souligner que les migrations internationales revêtent de multiples aspects et intéressent presque tous les pays.

Aussi, quelles politiques migratoires pour l’avenir ?

1-La négociation ou renégociation des conventions en matière d’immigration entre Etats

En principe, ce sont les liens d’amitié entre Etats qui aboutissent à la signature des Conventions d’établissement en faveur de leurs populations respectives.

Ainsi, pour éviter l’anarchie, voire une immigration clandestine, les Etats devraient négocier ou réviser leurs conventions d’établissement, en fonction de leurs intérêts et ces conventions doivent faire l’objet d’une large diffusion auprès des populations, même en zone rurale. Ces conventions, signées en toute connaissance de cause, doivent être réciproquement appliquées.

La diplomatie, matérialisée par la signature d’une convention, n’est pas un jeu, il faut que les Etats soient sincères, honnêtes et très respectueux des engagements qu’ils prennent. A cet effet, lorsqu’un Etat se rend compte que le seuil d’immigration tolérable pour son pays est atteint, il doit immédiatement procéder à la révision des conventions qui le lient aux autres Etats.

A partir de ce moment, les immigrants qui ne respecteraient pas les conventions liant leurs pays aux Etats étrangers doivent faire l’objet d’un refoulement ou d’une expulsion, dans le respect des droits de l’homme.

2-L’augmentation de l’aide au développement en faveur des pays du sud

Comme ci-dessus évoquée, la cause essentielle des mouvements de population est la faillite du pays d’origine, c’est-à-dire l’échec économique, politique et social. Une aide au développement assez consistante permettrait aux pays d’émigration, notamment les pays du sud de multiplier les infrastructures scolaires, sanitaires, routières et les établissements de micro-finance.

Cette politique entre Etats est envisageable, tant la coopération est aussi une forme d’entraide, de soutien mutuel.

Aussi, une aide au développement à la hauteur des causes économiques qui suscitent les flux migratoires est la solution à cet épineux problème ; étant entendu que c’est le droit au développement qui place la personne humaine au centre du processus de développement et fait d’elle le principal participant et bénéficiaire du développement.

Il est également impérieux que chaque peuple ait la pleine souveraineté sur toutes les richesses et les ressources naturelles de son pays, tant il est vrai que une répartition équilibrée de ces richesses entre les citoyens résorbera l’immigration pour des causes économiques.

3-L’annulation de la dette des pays du sud à fort taux d’immigration

Au regard de l’ampleur que prend le phénomène de l’immigration, il serait souhaitable que celui-ci soit un critère de réduction ou d’annulation de la dette en faveur des pays du sud, notamment le Gabon qui, dans le cadre de l’immigration sud-sud, reçoit des contingents d’immigrants. Il est à signaler que la plupart des immigrants qui ont échoué dans leur aventure vers l’occident se dirigent vers le Gabon.

Il est donc logique que le Gabon bénéficie de cette faveur de la part des institutions financières internationales

4-Le soutien à l’ancrage des régimes démocratiques et la bonne gouvernance

Dans un Etat où le système démocratique est bien établi, les risques de dysfonctionnement sont réduits au minimum, car les médias, les partis politiques et le grand public attireraient l’attention des gouvernants sur les faiblesses de son action.

C’est la démocratie qui est également le gage d’une bonne gouvernance. Ce système politique est donc en mesure de redonner confiance aux populations et par conséquent de limiter l’immigration.

5- L’insertion dans les programmes scolaires des politiques d’immigration

En principe, on ne peut valablement lutter contre un phénomène décrié que par l’éducation, car toute réforme sociale n’est viable que par ce moyen. Il est donc indispensable que dans les programmes scolaires, que l’on enseigne déjà à la jeune génération les risques et les avantages de l’immigration tant pour l’individu que pour son pays.

Conclusion

A l’heure de la mondialisation, il est évident qu’un Etat ne peut plus vivre en autarcie, mais il est urgent aujourd’hui que le phénomène de l’immigration soit juridiquement, économiquement et politiquement encadré, au regard des troubles engendrés par celui-ci sur l’individu lui-même, le pays d’origine et la collectivité d’accueil.

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